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Médias Sociaux, la tentation de la force obscure

Nous pourrions être dans un roman de Stephen King, au coeur d’une histoire terrifiante où le héros se retrouve en un endroit sinistre broyé par la folie, entouré d’individus lugubres asservis à une force obscure qui le poussent à assouvir ses plus bas instincts primaires, qui le trompent sur les réels motifs de sa quête. Les lieux sont déserts, vidés de toute forme de vie, humaine ou animale. 

Seules des présences tapies dans un recoin semblent scruter l’action, spectres immuables qui jettent un regard laconique sur les efforts de survie du protagoniste damné. Aucun espoir de survie, le néant abyssal l’entraîne sur des chemins oniriques, teintés de démence, où il perd toute raison quant à son funeste destin, où la rationalité s’étiole pour l’envelopper dans un doux cocon mortifère qui le conduira à une mort certaine. Le vide appel le vide, il n’y a plus rien, il n’est plus rien, le monde se dissipe sans que le héros ne s’en aperçoive, toujours reclus dans une perception faussée, toujours perdu dans des certitudes improbables. Il ne saura jamais ce qu’était cette force obscure. Il ne saura jamais qu’il a failli, qu’il est passé dans l’autre monde. Il continuera de croire que sa quête est couronnée de succès, alors que ce succès d’apparence devrait provoquer son courroux.  

Je m’égare un peu, mais j’ai parfois cette sensation de malaise lorsque je vois les pratiques de certaines agences, de certains conseillers, de certains vendeurs de rêves, comme nous aimons à les appeler. Il est très facile d’être esclave de cette force obscure, de tromper le client en lui racontant de belles histoires, en l’induisant en erreur en plaquant sur son regard émerveillé des oeillères dorées. Il n’est pas rare de voire une entreprise se placer sur Facebook parce qu’un expert lui a dit que Facebook c’était un milliard de prospects potentiels. Il n’est pas rare de constater que ce même expert a acheté des fans pour faire croire au succès relatif de l’opération (je ne vise personne), ce qui offrira une belle galerie de profils statiques (les spectres immuables de mon allégorie).  

– Monsieur Tremblay, bonne nouvelle, vous avez maintenant 10 000 fans 

– C’est normal que ce soit des Coréens ? 

– Oui oui, c’est que vous avez ouvert un nouveau marché, c’est formidable

La force obscure est tentante, car elle permet de vendre à moindre effort des stratégies efficaces sur le papier, mais dénuées de tout contexte, sans prendre en considération un environnement spécifique. Aussi est-il facile de reprendre toujours le même document en y changeant juste le nom du client, tout sera dans l’argument de vente qui, une fois de plus, peut être très simple pour peu que vous ayez des mythes à raconter. Les mythes, ce sont ces grands moments de communication qui ont fait pétiller les yeux de milliers de professionnels (ou passionnés), mais qui évidemment ne sont absolument pas applicables à l’entreprise que vous prospectez. Ça, le client ne le sait pas, il retiendra seulement les grands chiffres clés, ces batailles historiques qui entrainèrent dans leur sillage des ventes stratosphériques, une image transcendée, ou même, la déchéance de l’ennemi ainsi soumis à la loi du plus fort. Je signe. 

La force obscure est tentante, car elle permet de transformer un échec en un succès relatif avec une facilité déconcertante. Les chiffres sont facilement interprétables dès lors que le conseiller sait manier le verbe, ce souffle divin qui balaye les doutes du client en une formidable liturgie de certitudes. L’interprétation est un mot clé stratégique, car il offre une vision tronquée d’une situation donnée, enveloppe l’interlocuteur dans un doux cocon (rappelez-vous l’analogie). « Vous n’avez aucune interaction ? Ce n’est rien, vous avez simplement une communauté peu active, l’importance c’est qu’elle soit grosse pour voir vos publications. » Je signe. 

La force obscure est tentante, car elle permet de passer le sceptre maudit de l’erreur à son client, celui-là même qui applique finalement une stratégie bâclée, peu adaptée, faible … les superlatifs ne manquent pas. Il ne le sait pas, aussi continue-t-il à maintenir un rythme de publications dans ce grand vide sidéral et sidérant qu’est une plateforme inadaptée à ses objectifs, par exemple. Des abysses de folie qui engloutissent son temps, son argent, son âme. Mais c’est sa faute à lui si cela ne marche pas, s’il ne remplit pas des objectifs définis en amont. C’est tellement évident. Il n’a tout simplement pas les capacités intellectuelles pour mettre en application une somme de conseils qui ont fait leurs preuves. Regardez Coca Cola, ils ont un bon animateur de communauté, contrairement à vous. Je signe.

La force obscure, pour conclure cette petite note matinale, est tentante, car elle repose sur la crédulité du client, sur son incapacité à remettre en considération la sacro-sainte parole de vendeurs de rêves, sur sa faculté à prendre du recul par rapport à des mythes fondateurs. Certes, nous rencontrons dans de nombreux corps de métiers cette facette sombre, et l’univers de la communication numérique n’y échappe pas. Néanmoins, l’amour incommensurable des médias pour ces plateformes, la pression sociale qui consacre des sites comme Facebook ou Twitter au panthéon de l’immanquable, l’incompréhension face à de nouvelles formes de communications basées avant tout sur la relation, bref, un ensemble de facteurs liés à une visibilité exacerbée pour ce qui est nouveau, rend encore plus vulnérable certains chefs d’entreprises, directeurs de communication, etc. face à des charlatans.

La frontière est mince, le funambule se tient sur un fil fin qui menace de céder à tout moment sous le poids des tentations, de la facilité. Pourtant, il se relève, ne chute pas, garde le cap, le regard fixé sur l’horizon où se dessine un monde protéiforme, où la simplicité a été crucifiée sur l’autel de la rigueur, où il sait qu’il risque de se casser les dents, mais qu’importe … il garde la tête haute, fier. 

Et vous ? 

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